Intermède douanier - Kia Ora
Publié le 2 Mai 2013
Lors de mon entrée en Polynésie, à Rapa Nui, l'ambiance était bon enfant à l'aeroport : tout était pris à la blague on aurait dit, genre les représentants ou gérants des hotels pouvaient entrer dans la zone contrôlée sans ticket, juste pour aller refiler des colliers de fleur au bas de l'avion.
C'est ce qu'avait fait Don Daniel et il m'avait refilé un collier de fleur. En quittant Rapa Nui il a insisté pour me raccompagner à l'aéroport et là il m'a refilé un collier de coquillages. C'est une tradition rigolote, vachement plus sympa que de faire tuer des toros par des frustrés à froufrous ou de marcher au pas avec des fusils le 14 juillet mais je m'égare.
Lors de mon entrée en Polynésie Française, à l'aéroport de Papeete, c'était un peu la fête aussi, en plus sérieux y a les drapeaux français, mais il y avait quand même un groupe en costume qui jouait du ukulélé dans la zone avant la douane. À 1 heure du matin.
Lors de mon entrée en Nouvelle Zélande, c'était pas pareil, j'aurais du me douter.
La bienvenue était plutôt souhaitée par des voix enregistrées, pis fallait remplir un questionnaire déclarant si on avait dans ses valises des fruits frais, des légumes frais, des fruits secs, du fromage, de la viande morte, des animaux vivants, du chocolat, des graines, bref quoi que ce soit qu'on puisse manger ou avaler (la formule me laisse songeur mais c'était bien ça "anything you can eat or swallow") ou encore des fleurs, des armes, des produits chimiques, du matériel de randonnée ou de camping.
On m'avait un peu prévenu, alors j'ai rempli la petite fiche bien gentiment, en déclarant que j'avais dans mon sac et même sur moi du dangereux matériel de camping et de randonnée, des aspirines et du dentifrice, mais non pas d'armes pas de boisson pas de graines pas de fleurs pas de bouffe, pas même un bonbon à la menthe à haute toxicité : j'ai tout vidé.
Le passage à l'immigration, pas de soucis, visa 3 mois accordé.
Bon séjour en Nouvelle Zélande Monsieur Orange
Après fallait montrer sa petite fiche à plusieurs points successifs.
Genre il y a un type spécialisé dans la vérification du matériel de camping et de randonnée, qui a vérifié la propreté de mes chaussures de randonnée en me faisant lever les pieds comme on fait lever les sabots d'un cheval. C'était rigolo ça va, finalement bien qu'un peu crades mes pompes étaient suffisamment propres pour lui, c'est passé.
Dix mètres plus loin c'était le passage aux rayons X des bagages.
Mon étui à kalashnikov ne contenant qu'un ukulélé c'est passé aussi, tranquille direction la porte de sortie c'est gagné mon petit père.
Je passe devant le chien tout mignon et les douanières qui le tiennent, et là, elles me demandent de poser mes sac à dos pour les faire renifler parce que le chien est petit mais a l'air intéressé par mon attelage.
Je me dis "Merde, c'est-y-pas que le copain Koi il a foutu des herbes rigolotes aromatiques dans mon sac en guise de cadeau de départ et que maintenant je vais passer 5 ans en prison, si c'est ça Anna va me tuer."
Le chien renifle et renifle encore, je dis "Oui oui c'est dans ce sac que je mets la nourriture d'habitude, ça doit encore sentir mais j'ai tout vidé j'en suis sur." Le chien s'en fout il renifle et renifle encore, et se fixe sur la housse du ukulélé, tout fou. L'étau se resserre. La douanière ouvre la housse du ukulélé, en sort le ukulélé et là ... elle en sort ... putain le suspens ... le collier de fleurs maintenant tout pourri que j'avais mis là ne sachant pas quoi en faire 10 jours plus tôt.
"Monsieur il est illégal d'importer des fleurs en Nouvelle Zélande".
J'imagine alors les gros titres des journaux des lendemains. "Menace hippie : un trafiquant français coffré" / "Le coup du siècle : saisie de 5 fleurs à l'aéroport d'Auckland" / "Les prisons débordent mais les criminels le méritent bien" / "Référendum sur les fleurs : La peine capitale enfin rétablie pour les végétariens"
Direction le bureau de douane, où j'explique toute l'histoire : Rapa Nui, l'accueil au collier de fleurs, je savais pas quoi en faire et je ne pouvais pas le jeter dans la poubelle de la personne qui me l'avait offert, je l'ai mis là et je l'ai oublié, je suis désolé Monsieur le douanier gardez-le je ne le referai plus, c'est que j'ai pas l'habitude d'avoir des fleurs vous comprenez, désolé désolé je le ferai plus je vous jure, en tout cas ne me retenez pas plus de deux mois ou vous devrez vous expliquer avec ma copine.
Enfin tu vois le topo.
Finalement je m'en sors bien, comme mon numéro a été convainquant et que ça se voyait bien que je ne comptais rien faire de ces fleurs à moitié pourries j'ai juste eu un avertissement.
"Mais la prochaine fois c'est 400 Dollars minimum Monsieur Orange."
Quelle histoire n'est-ce pas, je suis parti de l'aéroport et ai vite trouvé mon hostel.
En ouvrant mon gros sac j'ai retrouvé une barre de céréales que j'avais aussi oubliée mais qu'ils n'ont pas trouvée.
Ouf.